Tribune sur la réforme de l’assurance chômage

Tribune sur la réforme de l’assurance chômage

Vous avez une longue expérience au sein du service public de l’Emploi, que pensez-vous de la réforme de l’Assurance chômage ?

Depuis le début du quinquennat, nous portons une nouvelle politique de l’emploi pour mieux lutter contre le chômage.

La réforme de l’assurance chômage s’inscrit dans une approche systémique et complète à laquelle participent les ordonnances travail de septembre 2017, la loi « Avenir Professionnel » de septembre 2018, le Plan d’investissement dans les compétences, la réforme de l’Insertion par l’activité économique.

Nous réformons l’Assurance chômage car le contexte économique a fortement évolué, le taux de chômage est au plus bas depuis 10 ans, un demi-million d’emplois a été créé en deux ans et nous voulons construire une politique incitative de retour à l’emploi.

L’Assurance chômage doit protéger les salariés face au risque de chômage et doit s’adapter aux transformations du marché du travail et de la conjoncture économique. En 60 ans, l’Assurance chômage a connu plusieurs ajustements.

Une politique que vous dîtes « incitative » mais que beaucoup qualifient de « punitive » et présentant le risque d’aggraver la précarité des demandeurs d’emploi, qu’en pensez-vous?

Nous avons effectivement des mesures qui peuvent paraître dures mais qu’en est-il réellement ?

Prenons les conditions d’accès à l’indemnisation : pour ouvrir des droits au chômage, il faudra désormais avoir travaillé 6 mois et non plus 4 mois sur les 24 derniers mois (pour les plus de 53 ans, 6 mois sur les 36 derniers mois) soit, avoir travaillé 1 jour sur 4, ce qui était déjà la règle en 2009, avant la crise économique. Notons que dans la quasi-totalité des autres pays européens, il faut avoir travaillé 2 jours sur 4.

Nous mettons en place une allocation dégressive pour les cadres de moins de 57 ans et touchant en brut un salaire mensuel supérieur à 4 500 euros bruts, soit 10 % des salariés les mieux rémunérés. L’allocation sera réduite de 30 % au septième mois mais il est important de préciser que le chômage des cadres est de 3 % alors que celui des non cadres est de 8,5 %.

Je souhaite souligner qu’une dégressivité a déjà été mise en place en 1992 bien plus dure : dégressivité tous les 4 mois pour tous les demandeurs d’emploi.

La règle qui questionne beaucoup est celle de la modification du rechargement des droits. Le rechargement des droits a été mis en place en 2014 pour renforcer la durée d’indemnisation des salariés précaires et sécuriser ceux qui alternaient emploi et chômage.

Pour recharger des droits, il fallait avant la réforme avoir travaillé 150h sur un mois aujourd’hui, on devra avoir travaillé 910 heures soit 6 mois. Mais, nous sommes dans un contexte bien différent de celui de 2014, période de fort chômage, d’absence d’offres d’emploi et de formation.

Aujourd’hui, l’emploi privé s’est accru de 251 200 postes sur un an, près de 300 000 offres d’emploi à Pôle emploi ne sont pas pourvues, nous avons un plan de formation en direction d’un million de jeunes et d’un million de demandeurs peu ou pas qualifiés.

Notre volonté est de changer les comportements et de faire qu’aucune personne ne gagne plus au chômage qu’en travaillant, ce qui était le cas pour 20 % des demandeurs d’emploi avec les anciennes règles de rechargement des droits.

Nous avons renforcé le nombre de conseillers à Pole emploi pour mieux accompagner les demandeurs d’emploi (1 000 postes) et renforcer le budget de Pôle Emploi (622 millions).

L’emploi durable est aussi notre cheval de bataille, un bonus-malus sera mis en place pour lutter contre les emplois précaires.

D’autres mesures dans cette réforme ?

Oui, des mesures que le Président de la République avait promises lors de la campagne électorale et que nous avons actées.

Les démissionnaires et les indépendants vont pouvoir sous certaines conditions ouvrir des droits et avoir la possibilité de construire un nouveau projet professionnel et bénéficier d’une sécurité financière.